Pierres
de Lumière
novembre 2018
       

OR gue dans la chapelle.

Ce numéro 161 de notre journal ' Pierres de Lumière' correspond à la fête de tous les saints, à l'Avent qui marque pour les chrétiens le début de la nouvelle année liturgique et à Noël, Dieu qui se fait homme...
Mais l'équipe d'aumônerie ayant choisi de travailler autour du thème de la chapelle, et en lien avec le salon des artistes «  LA RUEE VERS L'OR... gue » qui se déroulera les 17,18,24 et 25 Novembre de 10H à 12h et de 14h à 18H dans l'Espace 'Reliances d'Artistes' d' Hem, je dirais ceci...
«  Au buffet d'orgue des passions exulte, Maître du chant » déclame Saint John PERSE. dans un de ses beaux poèmes avant de poursuivre par «  Les vents sont forts ! Les vents sont forts ! Ecoute encore l'orage labourer dans les marbres du soir ». Ces quelques vers suffiraient à résumer la puissance suggestive de cette machinerie souvent énorme et complexe qui tantôt envoûte le fidèle par ses sons surgissant des diverses parties du buffet, tantôt semble leur donner une sorte de vision d'éternité par les longues tenues qu'elle est pratiquement la seule à pouvoir produire, ou encore emporter l'auditeur dans un déferlement de sons incandescents propres à figurer le souffle du Divin.
L'orgue trônant de fait au sein des édifices religieux, cette puissance suggestive se trouve tout naturellement au service du sacré. Quant aux grands thèmes musicaux qui traversent la littérature pour orgue de la Renaissance à nos jours ils sont pour la plupart basés sur le grégorien pour les pays latins et le choral pour le monde anglo-saxon, les deux étant intimement liés.
Cette correspondance thématique entre GRIGNY ou MESSIAEN, BACH ou BERG donne ce sentiment de permanence, de lente transformation d'un matériau thématique caractérisant un art sacré en opposition avec des courants plus brefs et plus dépendants des modes du moment.
Mais cela ne doit pas faire oublier que cet instrument a une histoire parfois indépendante de tout art religieux. Il suffit de s'imaginer dans les salons de la princesse de Polignac ou dans la grande salle du Trocadéro à la fin du Second Empire et d'y entendre les charmants duos d'un Charles-Marie WIDOR ou d'un Camille Saint SAENS. pour piano et orgue, pour y découvrir un instrument qui, sorti de son contexte liturgique prend une couleur tout à fait profane.
L'orgue est donc riche d'un fantastique répertoire de musique sacrée mais aussi d'oeuvres profanes ( 200 concertos avec orchestre par exemple)... remarquables. De plus en plus les organistes vont à la rencontre d'autres instruments et d'autres formes artistiques comme la danse, ( hip-hop) compris) l'accompagnement de films muets... Il est donc essentiel de maintenir en bon état ou d'installer des orgues dans les églises et dans les salles de concerts pour ceux qui ne franchissent jamais les porches des églises.
Bien entendu, son lien avec le culte reste fondamental. Si l'orgue est devenu l'instrument de l'église ( ou du temple), c'est principalement grâce à la fixité du son qui est la sienne,. L'orgue sonne et ce son reste contrairement à celui d'un instrument à cordes qui s'éteint aussitôt ou même à celui d'un instrument à vent, trop dépendant du souffle de celui qui en joue. De plus sa sonorité lumineuse, assimilée à la voix des anges, affirme son caractère spirituel. Ce n'est pas un hasard si on installait l'orgue sous une rosace afin d'associer
l' illumination visuelle et l'illumination sonore.
L'orgue est un bon baromètre de la vie musicale. II reçoit le chaud ou le froid avant tout le monde. Il inspire ainsi les compositeurs et les compositeurs inspirent l'orgue comme dans un jeu de miroirs.

Mon souhait en tant que musicien est évidemment que nous
puissions faire les travaux nécessaires pou l'orgue de la chapelle.
Il faut simplement qu'il devienne moins puissant. Et peut-être
qu' un jour j'espère que beaucoup de visiteurs venus dans la chapelle
par hasard, par curiosité ou même par habitudes pour les célébrations
animées par les artistes de l'Aumônerie et de la chorale se sentiront
bouleversé comme Paul CLAUDEL à Notre-Dame de Paris qui s'y est
converti lors des vêpres en entendant le Magnificat. «  En un instant,
mon cœur fut touché et je crus. Je crus d'une telle force d'adhésion,
d'un tel soulèvement de tout mon être, d'une conviction si puissante,
d'une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute qui,
depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d'une
vie agitée n'ont pu ébranler ma foi ».

Père Renaud WITTOUCK