Pierres
de Lumière
mai 2013
       

Vous avez dit fraternité?

Ce numéro 129 de notre Journal ‘Pierres de Lumière’ correspond à l’exposition sur « François et Claire » chez les Clarisses de l’Epeule à Roubaix et celui du Rassemblement « Pentecôte 2013 » à Lille sur la fraternité. Fraternité: dans le dictionnaire: « Lien naturel qui devrait unir tous les membres de la famille humaine. Nom donné à certaines communautés religieuses » « Dix lettres sur le fronton de nos édifices républicains. Un mot avec son poids de passé et sa charge d’espérance qui résonne à nos oreilles comme une des plus belles utopies politiques »
Disons-le clairement: Il n’est pas toujours facile de vivre en fraternité ! D’une certaine manière, l’amitié est plus facile. Ses amis, on les choisit. Ses frères et sœurs, on les reçoit.
Il n’est pas toujours facile de vivre en fraternité ! Il y a des moments où tout va bien, où s’est un vrai bonheur, et d’autres moments où c’est plus dur, et parfois beaucoup plus dur. Et il y a évidemment des moments où tout cela se mêle.
Naturellement, je vais partir de la Parole de Dieu. J’ouvre alors la Bible au livre des premières communautés chrétiennes, au livre des Actes des Apôtres que nous entendons en ce Temps Pascal en première lecture. « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte gagnait tout le monde: beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les Apôtres. Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au temple. Ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l’allégresse et la simplicité du coeur. Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le Salut ! »
Ces premières communautés nous disent en d’autres temps que la fraternité n’a pas toujours été facile pour elles. C’est le moins qu’on puisse dire ! Mais je crois que ces communautés qui ont été les premières à proclamer la mort et la Résurrection du Christ, et à en vivre, ont quelque chose à nous apprendre sur le sujet.
Un des tout premiers signes attestant que l’on respire la fraternité chrétienne, ce serait le signe de la ‘ mise en commun’ des biens. On peut le dire d’autant plus nettement que Luc y revient un peu plus loin, dans ce même livre des Actes: « Nul ne considérait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens’ » La fraternité serait aussi une manière de vivre de celles et ceux qui ne se considèrent pas propriétaires de ce qu’ils ont reçu ou gagné, mais qui acceptent de mettre ces biens au service de tous.
Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’ils reconnaissent lucidement qu’ils ont tout reçu en cadeau. Et quand on se rend compte que tout ce que l’on a, c’est ‘cadeau’, qu’on n’a pas fabriqué son corps, ni son cœur, ni son intelligence, ni sa famille, ni ses amis, ni le monde .. On a bien moins tendance à dire « c’est à moi ! » En revanche, une telle reconnaissance incite à dire merci. Voilà pourquoi je dirai que la première approche de la fraternité chrétienne est le rassemblement des ‘reconnaissants’ de celles et ceux qui apprennent à dire merci
Un autre signe de fraternité chrétienne, toujours si l’on accueille comme point de repère, ceux que donnent les Actes des Apôtres, c’est le signe de ‘l’assiduité ‘de l’assiduité de ses membres pour recevoir un enseignement, pour partager l’Eucharistie, pour prier ensemble… Assiduité rime avec fidélité, avec cet apprentissage de la durée dans le temps ordinaire de nos vies ! Mais il est possible d’observer également, qu’entre les enseignements et la prière, l’Eucharistie a une place centrale : « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » Dès le début de la vie de l’Eglise, la communauté chrétienne est le rassemblement non seulement de ceux qui reçoivent un enseignement (Ils n’ont pas fabriqué eux-mêmes la Bonne Nouvelle, ils n’en sont donc pas propriétaires) rassemblement non seulement de ceux qui se retrouvent pour prier (ils reconnaissent qu’ils ont besoin les uns des autres, qu’ils sont interdépendants) mais ils reconnaissent et proclament que c’est aussi et d’abord le rassemblement de ceux qui célèbrent l’Eucharistie… De ceux qui ‘font action de grâce’ La fraternité chrétienne serait bien alors la respiration vitale de ceux qui savent dire et ‘ faire’ merci !
Mais l’auteur du livre des Actes des Apôtres ne cesse de nous montrer en même temps que cette description de la communauté n’est pas une photographie de la réalité, mais bien une utopie, un ‘ non-encore-lieu’ un but à atteindre. Luc en effet ne masque pas les difficultés de ces premières fraternités aux prises avec les égoïsmes, les services non rendus, les rivalités, les indélicatesses et les petites mesquineries de chacun. Luc ne gomme pas de telles fragilités. Et pourtant il n’en démord pas. Au contraire. Une telle description utopique de la fraternité n’en a que plus de force: C’est un point de mire, un chemin. C’est vers ‘Là’ que nous devons tendre.

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Père Renaud WITTOUCK