Pierres
de Lumière
janvier 2011
       

Bonne année 2011, déjà...

Comme tous les ans, par notre journal ‘ Pierres de Lumière’ je viens vous souhaiter à vous et à votre famille une bonne, heureuse et sainte année 2011. Cette année, nous allons la passer avec deux musiciens LISZT et MAHLER.
Franz LIZST est né le 22 octobre 1811 à Raiding en Hongrie. Son père Adam est un bon musicien amateur, qui est aussi deuxième violoncelle à l’orchestre de la cour d’Eisenstadt. C’est lui qui donne les premières leçons de piano à son fils. C’est aussi lui qui l’imprègne d’un fort sentiment d’exaltation religieuse, car il a été autrefois novice dans un monastère. Le 25 avril 1865, LISZT reçoit la tonsure et le 30 juillet il passe les quatre ordres mineurs de la prêtrise. Il ne fait pas voeu de célibat, ne peut pas dire la messe, ni entendre de confession, mais il porte la soutane. On fait de LISZT le moins conformiste de tous les musiciens romantiques. Nul n’aura, comme lui, pris part aux tourbillons et aux vanités de son siècle, tout en éprouvant la solitude intérieure qui mène à l’ascèse. Tous les déchirements et les espoirs du XIX è siècle, toute son aspiration au sublime se retrouvent dans sa musique, oscillant entre passion impérieuse et mysticisme désincarné, entre la ‘ Méphisto Valse’ et ‘Les Années de pèlerinage’, entre l’univers de DANTE et celui de Saint François d’Assise
Longtemps, Franz LISZT a souffert d’être considéré comme un virtuose égaré dans la composition. Telle est la réflexion la plus fréquente qu’inspirent ses œuvres. Après 1850, il s’affirme de plus en plus comme compositeur, alors qu’il est toujours considéré comme virtuose du piano. Il doit surmonter cette image du pianiste doué, aspirant aux prestiges de la création. Infatigable travailleur, il remet en cause sa technique, reprend point par point les problèmes digitaux, qu’il maîtrise alors comme nul autre, dépassant ceux que l’on considère comme modèles. LISZT aborde le piano dans une perspective expansionniste, comme pour conquérir de nouveaux espaces. Il parle de la puissance assimilatrice du piano, qui est un ‘petit Dieu’ et un microcosme, et cette idée cosmique lui est propre. Ainsi, ses fameuses transcriptions (Symphonies de BEETHOVEN, de BERLIOZ, lieder de SCHUBERT paraphrases d‘opéras italiens etc ) ne sont pas seulement de brillants morceaux. Il transporte ces ‘réductions’ dans la salle de concert en les portant à un haut degré d’ambition. C’est une sorte d’appropriation passionnée d’un musicien qui vit surtout d’écouter et de soutenir la musique des autres.
La variété de ses œuvres va du sacré au plus profane, du somptueux au plus dépouillé, et du négligé au magistralement élaboré. Persuadé que la musique doit englober le monde, Franz LISZT a incarné son siècle tout en ouvrant la porte au suivant. Son ascension vers la spiritualité fait de sa vie une fabuleuse aventure artistique.
Quant à Gustav MALHER toute sa vie il est resté une sorte de marginal. Bohémien juif né en Autriche et domicilié en Allemagne, il se sentait partout étranger. C’était un homme mince et nerveux, austère, souvent dépressif, qui adoptait volontiers une attitude arrogante. MALHER fut le plus grand chef d’orchestre de son temps, redouté de tous les musiciens contre qui il était capable de crier avant même qu’ils aient joué une note. La composition musicale servait très certainement d’exutoire à ce perpétuel angoissé. De son vivant, MALHER se fit surtout connaître en tant que chef d’orchestre, et son œuvre de compositeur reste relativement mince. Quand par exemple il écrivait les paroles et la musique du cycle‘ Des lieder eines fahrenden Gesellen’ (‘Chants du compagnon errant’) en 1884, il avait vingt quatre ans et voulait exprimer les sentiments qu’avait suscités en lui une histoire d’amour malheureuse. En alliant des airs d’une simplicité toute populaire à une orchestration très élaborée et insolite, MALHER manifeste déjà ce goût pour la juxtaposition d’éléments disparates qui fera la singularité de son œuvre.
Les moqueries et l’incompréhension accueillent quasiment toutes les créations de MALHER jusqu’à la fin de sa vie. On le taxe de sentimentalisme et FREUD diagnostique une névrose obsessionnelle. Il n’y a pas très longtemps que l’on a reconnu la profondeur spirituelle de l’œuvre de MAHLER, mais aussi le rôle charnière du compositeur entre la tradition classique du XIX è siècle et les tendances atonales du XX è siècle.
Quelle que soit notre situation, nos rapportes avec les autres et avec le monde, que nous soyons aimés ou incompris, bonne année artistique à chacune et à chacun.

Père Renaud WITTOUCK