Pierres
de Lumière
mai 2010
       

Fête de la musique.

« Chantez à Dieu de tout votre cœur avec reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés » (Col 3,16) Dès les premiers temps de l’Eglise, comme en témoignent ces paroles de Saint Paul aux Colossiens, la musique et le chant font partie intégrante de la liturgie. Leur beauté donne à l’action liturgique tout son sens et sa beauté, même pour la louange, la gloire du Seigneur qui nous rassemble et pour la sanctification de tous les hommes.
Cependant musique et liturgie ont traversé et traversent encore des temps d’harmonie et des temps de tumulte. Pour certains la musique est, et doit toujours rester au service de la liturgie, en même temps qu’elle est par elle-même offrande à Dieu, réponse reconnaissante de la grâce qu’il nous donne par le Fils et dans l’Esprit. Depuis le Concile Vatican II ces liens se sont améliorés.
Bien sûr ces difficultés entre la liturgie et l’art sont valables quelque soit la forme d’art. Les célébrations mensuelles célébrées dans la chapelle sainte Thérèse d’Hem par les membres de l’aumônerie des artistes et de la chorale montrent à quel point l’art peut être au service de la liturgie et peut aider les fidèles à prier.
Le dimanche 30 mai à 10h30 nous nous retrouverons pour fêter la Sainte Trinité et la fête des mères. Le dimanche 20 juin, ce sera pour le 12 è dimanche du Temps Ordinaire, messe d’action de grâce pour cette année scolaire, la fête des pères, veille de l’ ’ÉTÉ normalement, et donc veille de la célèbre fête de la musique où n’importe qui, professionnel, amateur ou autre peut s’installer dans la rue pour faire de la musique, pour faire du bruit, sans déranger son voisin…
Et je me pose cette question: Mais pourquoi faire de la musique, pourquoi chanter quand il y a tant à faire ? Pourquoi faire de la musique, pourquoi chanter alors que le temps presse? On peut en dire autant me direz-vous de la prière, cette longue chanson ininterrompue des siècles à la musique si intime. N’y a-t-il pas quelque chose de plus sérieux à faire que de chanter ou de prier? Julien CLERC relançait la question dans « Utile » : Souvenez-vous « A quoi sert une chanson si elle est désarmée ? » Je répondrais: à rien. Chanter, c’est prier deux fois dit-on, mais est-ce utile ? Parlez-en aux anges et aux moines. Utile, non mais nécessaire pour aimer, rêver, vivre. A quoi sert donc une chanson, un poème, une prière, une rose, une sculpture, un tableau… ?
Oui, face à tant de sang versé, de rêves avortés, de nuits blanches, d’espoirs brisés, de conflits plus ou moins latents, il ne reste souvent que l’impuissance d’une chanson, le silence d’une prière. Pour que l’âme soulève le corps, rien ne vaut en effet l’envol d’une prière sans mots ou d’une chanson qui n’en a pas l’air. De quoi, nous élever pour mieux redescendre dans notre humanité et continuer à danser notre vie avec nos frères et sœurs les humains.
Prier et chanter, demander et louer, comme on jette des morceaux de pain sur le chemin. Comme on lâche des ballons dans le ciel, comme on lance des cailloux sur le lac. Comme on abandonne une bouteille à la mer…. Prier avec son temps pour l’empêcher de se perdre, et chanter l’illumination d’une Présence.
La chanson, un art mineur disait Serge GAINSBOURG. La prière aussi. Devant la mort, tout art n’est-il pas mineur ? « Chante comme si tu allais mourir demain » dansait Michel FUGAIN, car le temps fuit. Et quand la mort nous réveille de notre torpeur, on revient à la chanson et à la prière, comme on revient chez soi après un rendez-vous manqué.
Chanter sous la neige ou sous la pluie (‘ I’ m singing in the rain !) et s’émouvoir d’une feuille qui reste. Prier comme un fou ou un sage, à l’ombre de la lune ou au soleil de midi. Chanter pour voir venir le jour après une si longue nuit. Prier pour regarder au loin Celui qui vient comme les disciples après la Résurrection de Jésus qui n’avaient rien pris…Chanter des deux mains pour mieux porter sa croix. Prier des deux genoux pour être à la hauteur de l’enfant ou du malade sur son lit d’hôpital. Chanter et prier, puisqu’il y a tant à faire en cette fin d’année scolaire… Quel beau métier. « Heureux celui qui chante et qui peut ajouter à la beauté du monde. Heureux celui qui prête sa voix à toute espérance d’homme... Heureux celui qui sait que la musique est le jeu des enfants avec la liberté…. » Didier RIMAUD.


Abbé Renaud WITTOUCK