Pierres
de Lumière
mars 2010
       

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Le 1 mars nous fêtons le 2 è Centenaire de la naissance de CHOPIN. ‘Quelques notes seulement, il est là, pleinement… Il vous tend sa carte de visite d’une fine écriture perlée’ On le reconnaît jusque dans ses silences, à sa respiration haletante remarque LISZT qui ajoutera au lendemain de la mort de CHOPIN ‘ Quelle que soit la popularité d’une partie de ses productions, il est néanmoins à présumer que la postérité aura pour ses ouvrages une estime moins frivole et moins légère que celle qui leur est encore accordée. Ceux qui, dans la suite, s’occuperont de l’histoire de la musique feront sa part (et elle sera grande) à celui qui y marqua, par un si rare génie mélodique, par de si heureux et si remarquables agrandissements du tissu harmonique(…) On n’a point assez sérieusement et assez attentivement réfléchi sur la valeur des dessins de ce pinceau délicat, habitué qu’on est de nos jours à ne considérer comme compositeurs dignes d’un grand nom que ceux qui ont laissé pour le moins une demi-douzaine d’opéras, autant d’oratorios et quelques symphonies (… ) On ne saurait s’appliquer à faire une analyse intelligente des travaux de CHOPIN sans y trouver des beautés d’un ordre très élevé (…) Ses meilleurs ouvrages abondent en combinaisons qui, ont peut le dire, forment époque dans le maniement du style musical’ La postérité a-t-elle rendu justice à CHOPIN dans le sens où l’entendait LISZT?
Il est permis de penser que non. En fait, la personne et l’œuvre de CHOPIN occupent dans l’image qu’on se fait généralement de l‘Europe musicale du XIX è siècle, une position singulière et, somme toute, paradoxale. Une douzaine de ses pièces pour piano sont parmi les morceaux les plus populaires de toute la musique. Mais cette sorte de gloire, servie par une abondante littérature sur la personne du musicien, a contribué à créer autour de lui une aura de légende, préjudiciable à la connaissance objective de son oeuvre On a tant dit sur CHOPIN On a tant joué toujours les mêmes Valses, les mêmes Polonaises, les mêmes Nocturnes, les mêmes Préludes que la lecture sincère de son oeuvre devient de plus en plus difficile. Ce mythe de CHOPIN nous empêche de considérer CHOPIN tel qu’il fut.
Et CHOPIN restera toujours une énigme, celle d’un musicien sourd à ses contemporains, LISZT, SCHUMANN, MENDELSOHN. D’un épistolier plein d’esprit pour écrire à sa famille et à ses amis, mais aveugle à HUGO, LAMARTINE, MUSSET, DU%MAS, HEINRE. Un éternel jouvenceau, soupirant après de graciles fantasmes, mais qui vivra sa seule passion incarnée avec la terrienne Georges SAND Sans omettre cette Pologne dont il représente la plus brûlante figure d’exilé, mais qu’il se gardera bien de regagner quand l’occasion lui en sera offerte, car on ne regagne jamais l’éblouissement de son enfance. Sauf dans la création, le temps d’une harmonique flexible et pénétrante. Dédaignant la scène, il n’aurait donné qu’une trentaine de concerts et le siècle ne propose jamais un portrait peint, une gravure fiable, permettant de fixer un visage mais seulement d’attiser encore plus le mystère de cette amoureux des salons
Frédéric CHOPIN compositeur et pianiste polonais est né près de Varsovie en 1810. Son père Nicolas CHOPIN originaire de Marainville dans les Vosges, émigré en Pologne avait épousé une parente de la famille Skarbek dont il était précepteur. Au sein de la famille très musicienne, l’aptitude précoce de l’enfant se révèle très tôt. Il est d’un naturel très enjoué et doué pour le dessin, les imitations, le théâtre.
CHOPIN ne réussit à obtenir qu’un passeport pour Londres portant la mention ‘ passant par Paris. Il y arrive à l’automne 1831 et s’y installe au 27, boulevard Poissonnière. Coup de foudre pour cette ville qui a pris parti pour la Pologne ‘Le plus beau des mondes…Paris répond à tous les désirs’ écrit-il à Titus. Enfin et surtout Paris est, à ce moment là, la capitale de la musique’ j’ai trouvé dans cette ville les premiers musiciens et le premier opéra du monde ’ Il s’enthousiasme pour la voix de la MALIBRAN C’est dans les salons Pleyel qu’en février 1832, il donne son premier concert parisien. Il revient à Paris le 24 novembre 1848. D’abord installé à Chaillot pour éviter l’épidémie du choléra, il admire de loin le panorama de la capitale. Défilé incessant d’amis et d’admiratrices. Il se décide à appeler sa sœur. Louise arrive le 8 août. On le transporte en septembre au 21, place Vendôme côté soleil. Il meurt le 17 octobre 1849. Ses funérailles furent célébrées solennellement en l’église de la Madeleine et son corps fut inhumé au Père Lachaise. On répandit sur son cercueil la poignée de terre polonaise qui lui avait été offerte dans une urne lorsqu’il quitta son pays le 2 novembre 1830. Selon les désirs du défunt, son cœur fut transféré à l’église Sainte Croix de Varsovie.
Artistes, amoureux d’art, si nous profitions de cette année CHOPIN pour le découvrir comme si c’était la première fois. En concert ou en disques… De nouvelles interprétations sont sorties à cette occasion et pas des moindres: POLLINI, THARAUD, PLANES… Entre autres. Comme pour un tableau revenons à une première lecture, en enlevant tous ce qu’on a déjà entendu… Car pour moi pianiste, aucun compositeur avant lui n’a sans doute poussé aussi loin la recherche de la précision dans l’écriture. A cet égard, il est le plus ‘ moderne’ des musiciens romantiques avec une écriture d’un raffinement magique qui ne transpire jamais sa science et laisse pourtant aux interprètes une liberté déboussolante. Un virtuose qui visait à ne laisser aucune empreinte digitale sur l’ivoire du piano, une approche du piano qui privilégie la ligne de chant et la simplicité. Tout est dans la suggestion, CHOPIN ne nous parle pas, il nous oblige à nous écouter nous-mêmes à travers lui.


Abbé Renaud WITTOUCK
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