Pierres
de Lumière
septembre 2009
       

François d’Assise.

Le dimanche 4 octobre nous fêterons saint François d’Assise et du 3 au 18 octobre dans le cadre du 8ème Centenaire de l’Ordre Franciscain quelques peintres et sculpteurs nous diront par leur art combien la vie et le message de François sont encore actuels au cours d’une exposition dans l’Espace ‘Reliances d’artistes’ et au couvent des franciscains ( 2, rue Berthollet à Lille)
De tous les saints, François d’Assise est celui dont la vie a donné naissance au plus grand nombre d’ouvrages, d’images, d’études et de commentaires de toutes natures. Il est également le premier, depuis Jésus, que l’Eglise ait considéré comme le parfait chrétien.
Né à Assise ne 1182, il est le fils d’un riche marchand de drap. Il est baptisé du nom de Jean mais, sa mère étant provençale et son père séjournant fréquemment en France, il reçoit le surnom de Francesco qu’il conservera (et qui sera après sa mort, l’un des noms de baptême chrétien le plus répandus) C’est un garçon fluet mais qui a des passions de jeune chevalier: il est prodigue et pugnace et mène une vie dissipée, mais une maladie l’oblige à renoncer à ce projet. Le jeune homme réfléchit alors sur le sens de la vie. Il cherche sa voie, découvre le visage du Christ auprès des plus pauvres et décide de leur consacrer sa vie. Il se convertit vers l’âge de vingt cinq ans et mène désormais à la lettre la vie évangélique, cherchant à imiter en tout le Sauveur: « Vive le Christ, à bas l’argent ! » Il veut « suivre nu le Christ nu ! » En 1206 pour aider un prêtre pauvre à réparer son église, par exemple, François vend (sans autorisation) une partie du stock de drap paternel. Le père fait un scandale. Le fils prend la ville à témoin. Son père l’enferme, sa mère le délivre. Giotto immortalisera cette scène près de cent ans plus tard… Ayant renoncé au riche héritage paternel, vivant misérablement, il devient le ‘ Poverello’, celui, qui, comme il le disait lui-même, avait épousé ‘Dame pauvreté’ Peu à peu, quelques disciples se joignent à lui et dès 1209, forment le noyau d’un ordre que François appelle par humilité: ‘La Fraternité des Pénitents d’Assise’. Les frères se groupent autour de la petite chapelle de la Portioncule, au pied de la colline d’Assise. Le Pape Innocent III, d’abord méfiant, s’étonne de ce garçon hirsute qui a l’air d’un porcher en guenilles, et qui veut faire de ce style une règle religieuse, une ‘formule de vie » C’est déraisonnable. Mais le cardinal Giovanni COLONNA, va plaider en sa faveur: « Si nous rejetions sa requête comme trop difficile à réaliser, alors qu’il ne nous demande que d’approuver la forme de vie évangélique, n’est-il pas à craindre que nous nous mettions en opposition avec l’Evangile du Christ ? » Innocent III finit par approuver leur règle et par les encourager. En 1212, Claire d’Assise fonde, avec François l’ordre des Pauvres Dames pour les femmes. Une dizaine d’années plus tard, est créé le tiers ordre pour les gens du monde désireux de vivre en religieux sans sortir de leur état.
Soldat du Christ, François aspire à partir en croisade. Il fait trois tentatives pour aller prêcher en terre d’islam. Une seule réussit: en 1219, il débarque en Egypte et est reçu par le sultan. De retour en Ombrie, il réorganise son ordre, mais a du mal à tempérer le désir des frères qui veulent s’adonner aux études et posséder de grands couvents. La pauvreté absolue qu’il souhaite n’est plus compatible avec la puissance du mouvement qu’il a lancé. François renonce à le gouverner. En 1224, il se retire solitaire sur le Mont Alverne: là, le jour de la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix, le Christ crucifié lui apparaît sous l’apparence d’un séraphin: des plaies du Sauveur s’échappent des rayons qui viennent imprimer des stigmates dans la chair du saint. Dès lors, François devenu presque aveugle, est vénéré comme une relique vivante. Il vit encore deux ans, puis trépasse dans la nuit du 3 au 4 octobre, accueillant la mort en chantant.
De son vivant, François est devenu un personnage de légende. Après sa mort, celle-ci s’amplifie et la vie du saint est remodelée sur celle du Christ. De nombreux épisodes sont mis en parallèle avec ceux de la vie du Sauveur, et d’innombrables miracles lui sont attribués. Considéré comme une sorte de second fils de Dieu, il est canonisé dès 1228 et devient rapidement le saint le plus vénéré, d’abord de toute l’Italie, puis de toute la Chrétienté. Ses disciples se multiplient, se divisent, se réforment: ils forment aujourd’hui encore l’ordre religieux le plus nombreux.
L’iconographie de François d’Assise est prolifique. Parmi les saints qui ne furent pas Apôtres, seul peut-être son compagnon Antoine de Padoue le dépasse en nombre d’images. Mais les représentations de François n’appartiennent pas seulement, comme celles d’Antoine à la piété populaire. Elles concernent au premier chef l’évolution de l’art et de l’iconographie en général. Suivant l’heureux mot de Jacques LE GOFF François d’Assise est pleinement un ‘saint image’
François porte toujours la robe de bure des franciscains serrée à la taille par une simple cordelière à trois nœuds (évoquant les trois vœux de Pauvreté, de Chasteté et d’Obéissance) On le reconnaît aux stigmates qu’il porte aux mains et aux pieds et que l’on aperçoit parfois sur sa poitrine à travers une fente de sa robe. Les artistes font parfois sortir des rayons de lumière des stigmates pour en souligner le caractère christique. D’abord barbu, François est figuré imberbe à partir de GIOTTO qui lui consacre une grande partie de son œuvre pictural, et le reste jusqu’au XVI è siècle. L’art de la Contre- Réforme, en revanche, le transforme en saint barbu, moins souriant et plus douloureux.
Tous les épisodes de sa vie ont donné lieu à d’innombrables images, prenant place sur toute sortes de supports. D’abord limitée à l’Italie, cette iconographie se répand à la fin du Moyen- Age dans toute la Chrétienté. Les cycles suivent souvent les vies du saint rédigées par le franciscain Thomas DA CELANO et surtout Saint BONAVENTURE. On le voit naître comme le Christ, dans une étable, se convertir à la vie évangélique et renoncer à l’héritage de son père, épouser mystiquement Dame Pauvreté, faire approuver la règle de son ordre par le Pape Innocent III, naviguer vers le pays des infidèles, être reçu par le sultan d’Egypte, donner l’accolade à saint Dominique, accomplir des miracles de toutes sortes, créer une crèche dans la grotte de Greccio en souvenir de son pèlerinage à Bethléem, apprivoiser un loup qui terrorisait la ville de Gubbio faire un sermon aux oiseux.
Deux épisodes ont toutefois spécialement retenu l’attention des artistes et des imagiers: la stigmatisation sur le mont Alverne (GIOTTO 1300 Paris, Louvre) et la mort du saint à la Portioncule. Dans la scène où François reçoit les stigmates, le Christ- Séraphin est crucifié et de ses plaies partent des rayons dorés ou des jets de sang qui rejoignent le corps du saint: un témoin assiste à la scène: frère Léon assoupi ou aveuglé; François lui-même est en extase ;la mort du saint donne lieu à des représentations plus banales: entouré des frères qui embrassent avec ferveur ses stigmates, il est étendu paisible et sanctifié; des anges emportent son âme au ciel; parfois sainte Claire se penche sur le cadavre comme Marie sur le corps de Jésus.
Saint François d’Assise est le patron des marchands (métier de son père) des fleuristes, des horticulteurs, des écologistes (Jean-Paul II le proclamera patron céleste de l’écologie en 1979) et des poètes. Il a écrit deux règles, quelques lettres, billets et prières comme le Cantique des Créatures. La spiritualité franciscaine est toujours rayonnante, « Chercher à apporter des solutions au même problème: dans un monde qu change ouvrir aux hommes des voies nouvelles vers le salut »
Pour votre méditation pas seulement en vue de l’exposition je vous laisse ce propos d’un franciscain du XV è siècle, saint Bernardin de Sienne:’Imitez le bœuf quand il a pâturé. Il rumine, rumine et ce ruminement lui paraît meilleur que de pâturer. Faites de même avec la Parole de Dieu quand vous l’entendez ! Ruminez-la beaucoup, afin qu’elle vous paraisse encore meilleure à ruminer qu’à entendre ! » Cette amitié envers la nature est de plain-pied avec le Moyen- Age et j’ajouterai avec notre XXI è siècle car l’homme a besoin de temps autant que la bête.




Abbé Renaud WITTOUCK
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