Pierres
de Lumière
janvier 2009
       

2009... Faites du Neuf!


2008… Année pourtant avec 7 + 1 …donc extraordinaire !… et bien NON ! Année sans été… année où nous Européens avons été touchés en pleine figure par de la crise, commencée avec les sub-prime en Amérique, qui touche aussi la Chine, puisqu’elle délocalise déjà ses entreprises en Corée où la main d’œuvre est moins chère… et qui paraît-il touchera l’année prochaine la Russie qui devra pour la première fois faire des emprunts! ‘Gagner le plus d’argent possible en moins de temps possible’ peu importe l’éthique et le lieu..
A Noël, nous avons découvert que des enfants étaient saturés de cadeaux, nous ne savions plus quoi leur offrir et comment leur ferait plaisir… Et si nous réfléchissons tant soit peu, ce qui est vrai pour les enfants l’est aussi parmi nous: Certains ont ‘trop de tout’ quand d’autres ont peu ou pas du tout. (En France, comment se fait-il que des personnes ayant un salaire n’arrivent pas à vivre dignement dans une maison ou un appartement ?) … Le fossé entre les riches et les pauvres s’agrandit. Cela peut se manifester, entre autre, par cette culpabilisation diffuse qui pèse sur nous lorsque nous rencontrons des pauvres, des sans-abri ou lorsqu’on nous parle du Tiers-monde et même du Quart-monde… D’autre part, c’est un fait aussi, que le français moyen n’aime pas parler argent, surtout s’il est catholique. L’argent aurait –t-il quelque chose de honteux, de malpropre, contrairement à nos frères protestants !
Comme une voiture fonctionne à l’essence, notre société fonctionne à la consommation. Un peu d’histoire peut nous aider à comprendre… Pour nourrir le peuple, prétendait TURGOT( ministre des finances de Louis XVI) il faut assurer des débouchés réguliers au paysan; et pour cela l’autoriser à livrer à l’étranger les surplus qu’il ne vend pas en France. Vendre à l’étranger entraîne une hausse des prix en France, ce qui incitera le paysan à augmenter sa production. Bref, dès le XVIII è siècle, TURGOT découvrait le principe du débouché solvable, principal ressort de la société de consommation.
Pour bien fonctionner, cette société suppose réunies trois conditions. D’abord l’argent doit jouer un rôle central: si le paysan ne veut pas amasser d’argent où s’il n’a aucun besoin d’acheter des marchandises, produites au loin, il ne visera qu’une production minimum, insuffisante en cas de mauvaise récolte. Ensuite, deuxième condition, doit exister ce qui permet l’échange: les moyens de transport et de communication, ainsi que le droit qui assure la sécurité des transactions. Enfin et surtout, condition de tout le reste, il faut des clients solvables qui puissent, eux aussi gagner de l’argent pour payer leurs fournisseurs.
Les principes de TURGOT demeurent la base de la société de consommation. Ce système a fait sortir l’Occident de la pauvreté de masse. Mais le coût en est apparu très vite: écart des revenus au profit de ceux qui sont les mieux placés pour produire à bas prix, exclusion de ceux qui sont trop faibles pour concourir sur le marché. En effet, pour que le système fonctionne, il faut d’abord que paysans et clients puissent choisir librement leurs fournisseurs. Du coup disparaissent les solidarités de proximité: si le client étranger paie mieux que mon voisin, je choisis l’étranger et si mon fournisseur de Singapour est moins cher, je délaisse les producteurs qui sont à ma porte. Ce qui affaiblit les plus faibles et renforce les plus forts.
Dans une telle société, le salut consiste à dénicher le client solvable, à le fidéliser, l’inciter à consommer davantage et à payer le plus cher possible, compte-tenu de mes concurrents. Si l’étranger n’est pas accommodant, s’il s’oppose à l’entrée de marchandises venues de chez moi, deux solutions se présentent. La première consiste à forcer la porte. La seconde solution pour accroître la consommation: faire miroiter aux yeux du consommateur solvable la jouissance, le pouvoir ou la maîtrise de soi ( les trois tentations du Christ) ce qui se fait en vantant le contenu du produit ou par l’emballage ou par la publicité.
Ce système qui utilise la consommation pour favoriser le producteur, ne peut pas ralentir sans se disloquer. C’est pourquoi depuis le milieu du XX è siècle, suite à la grande crise de 1929, les gouvernements eux-mêmes mettent en œuvre des politiques dites de relance de la consommation, en distribuant largement l’argent par le déficit du budget de l’Etat et par la création de monnaie. L’idée est simple: le ‘pouvoir d’achat’ dont on parle tant aujourd’hui) favorise la consommation qui soutient les producteurs. Ce système a ses limites et ses contradictions, car le producteur ainsi favorisé est toujours celui qui est le mieux placé, qui a pu investir à temps, qui a construit un solide réseau commercial. D’où les tentatives gouvernementales pour étrangler sur le sol national les concurrents venus de l’étranger et pour soutenir les producteurs locaux dans la conquête des marchés internationaux. D’où le blocage actuel de l’O.M.C. sur les problèmes agricoles et sur les services.
Sont bien connues les conséquences sociales et écologiques de cette mécanique qui se nourrit de la consommation. La question écologique qui, il n’y a pas si longtemps passait pour être le fait de quelques ‘farfelus’ devient l’inquiétude de tout le monde. De plus en plus gravement, nous nous trouvons placés devant nos responsabilités collectives certes, mais aussi individuelles. On nous enseigne les petits gestes qui, multipliés par le nombre de citoyens que nous sommes peuvent aider grandement à l’amélioration de la situation ou, du moins à l’arrêt de son aggravation En sont moins évidentes mais non moins réelles les conséquences spirituelles.
Une première conséquence globale est le néo-libéralisme. Les libéraux des origines, à l’époque de TURGOT voyaient dans l’argent et dans le commerce de simples instruments au service du lien social. Lien qu’ils ressentaient dans les sentiments moraux, le respect des autres, et les relations sans violence entre les êtres raisonnables. Ceux d’aujourd’hui en revanche font de l’argent et du marché, non pas des moyens, mais des finalités, comme si le commerce et l‘argent procuraient mécaniquement, sans la volonté humaine, un monde humain où les partenaires entretiendraient des liens de respect, d’affection et de raison.
La seconde conséquence spirituelle de la société de consommation, plus individuelle, est vécue au quotidien: le consommateur s’identifie spontanément à la marchandise. Du coup le partenaire devient abstrait. Le lien à des objets et à des fantasmes remplace le lien social. S’estompent les relations authentiques, celles qui se risquent sur la liberté d’autrui. Les sentiments moraux se réduisent au sentiment de ‘ bien-être’ personnel, le respect des autres, au ‘ quant-à-soi’ et la raison à la justification de ses propres ‘convictions’: on ‘a’ raison comme on ‘a‘ un frigidaire.
L’Evangile ne fournit pas une solution facile: ce serait d’ailleurs contraire à l’esprit du Christ qui ne s’est jamais réfugié derrière les principes généraux, mais s’est toujours risqué dans les joies et les détresses des personnes rencontrées au hasard du chemin: Cana, la veuve, l’estropié, la Cananéenne, la femme adultère, l’aveugle. L’Evangile suggère ainsi une posture très pratique dans la société de consommation: non pas rêver d’une réglementation idéale qui fabriquerait automatiquement un monde plus humain, moins destructeur de la planète, plus juste et où la seule préoccupation serait d’appliquer les règlements: mais au contraire, chaque fois que nous faisons appel au marché, regarder les personnes par-dessus le miroir de l‘argent qui nous illusionne si bien.
Nous vivons cela spontanément lorsque ne voulant pas soutenir une cause que nous désapprouvons, nous refusons d’acheter un mauvais journal, lorsque nous nous interrogeons sur l’usage que nos enfants ou nos petits-enfants feront de l’argent de poche que nous leur donnons, lorsque nous choisissons une marchandise proposée par le commerce équitable, quitte à payer un peu plus cher. Il est nécessaire de porter cette pratique sur le champs politique, car nous sommes également comptables de la consommation publique.
Délaissant les solutions magiques qui marcheraient sans nous, l’Esprit du Christ nous porte en avant, vers ces visages cachés dans les arcanes de nos achats et de notre consommation, car l’Evangile est tout entier refus du gaspillage ou de la thésaurisation pour une ouverture à la modération, à la modestie et un apprentissage du partage. Dieu a voulu se faire pauvre pour nous éveiller aux véritables richesses, celles qui n’appauvrissent personne. …
Le chrétien étant celui qui croit en la Résurrection du Christ et en l’espérance, malgré la crise qui est et sera difficile car elle lie en même temps l’argent, la Culture et l’intelligence… Je souhaite que 2009 soit l’année où la remise à plat du capitalisme (qui renaîtra toujours de ses cendres) permette de vivre une nouvelle forme de solidarité et un meilleur partage des richesses et que quelque chose de neuf puisse sortir à court ou à long terme pour le monde et pour chacun de nous. Bonne et Sainte année 2009, année pour faire du ‘neuf‘ dans l’Eglise, dans le monde, dans la Culture dont l’art fait partie.



Abbé Renaud WITTOUCK