Pierres
de Lumière
juillet 2008
       

Inspirez ... Expirez...

Ce 100 ème numéro de « Pierres de Lumière » correspond à la saison des vacances. Vacances… C’est un moment important pour chacun de nous. C’est un moment où je vous conseille comme moi de vous arrêter, de faire le plein de couleurs pour pouvoir créer en rentrant. C’est surtout un moment de repos, un moment où on respire ! Alors … respirez…. !
Avez-vous remarqué qu’un bon nombre d’expressions courantes font allusion à cette fonction vitale, tellement importante (autant que la circulation sanguine) qu’est la respiration: . « Laissez-moi souffler un peu ! » « Tu me pompes l’air ! » (Ave©ou sans accent… « Perdre ou couper le souffle ! » « Faire surface » « Tu as été inspiré » etc…
C’est vraiment une banalité de le dire mais c’est un fait, la respiration est une des fonctions essentielles de notre organisme. Nous remplissons nos poumons pour naître et nous les vidons pour mourir. Déjà dans la ‘médecine familiale’ la plus ancienne et tout à fait empirique, on connaissait les vertus du « changement d’air »
Dans nos vies nous devons trouver deux sortes de respiration. La première est celle dont je viens de parler très brièvement: quotidienne, de jour comme de nuit, dans la veille comme dans le sommeil. Mais il en est une autre, indispensable elle aussi quand le mot respiration est pris dans son sens symbolique. Il s’agit du rythme que nous savons donner à nos vies, réparties entre deux temps bien différents: le temps des activités familiales, professionnelles, et le temps du repos et des vacances. Notre époque nous pousse à l’agitation voire à la fébrilité. Il faut toujours courir, faire vite, passer d’une occupation à une autre. Ceci est vrai aussi pour les enfants à qui les parents imposent, en croyant leur faire plaisir, une multitude d’occupations, soi-disant de loisirs mais qui, parfois les obligent à un agenda digne d’une grande personne.
Pourtant, une vie qui n’accepterait pas comme légitime des moments de « farniente », des journées voire des semaines où rien n’est programmé, une vie qui n’accepterait comme valables et dignes que les temps actifs, une telle vie serait vite asphyxiée. Notre Evêque auxiliaire Mgr Pascal Delannoy a mis en garde les prêtres dimanche 22 juin lors de l’ordination de 7 nouveaux prêtres. « Laïcs prenez soin de vos prêtres ! Obligez-les à se reposer une journée par semaine. Et ce n’est pas qu’un souhait ! »…A-t-il dit. Ne croyant qu’à l’expiration, nous en oublierions d’inspirer pour regonfler les poumons et absorber l’oxygène nécessaire.
A un moment de ma vie, quand j’allais en vacances en Charente-Maritime, avant l’allergie, j’allais avec des amis à la pêche, sport modeste mais que j’aimais beaucoup. Souvent nous rentrions bredouilles. Les amis nous plaignaient. Pourtant s’ils avaient su quel bol d’air, nous avions pris, toute une après-midi. Je n’en disais rien pour ne pas avoir trop l’air de camoufler une défaite. Et l‘on admirait notre courage lorsque, le lendemain, on nous voyait repartir.
Pour la vie spirituelle, l’analogie porte sur deux points.
En premier lieu il ne faut pas trop espérer établir une vie spirituelle dans une vie d’homme qui ne croirait qu’au versant actif de la vie. Un homme qui ne prendrait pas le temps de respirer, en ce deuxième sens du mot respiration, ne pourrait jamais s’ouvrir à l’inspiration qui lui viendrait de Dieu. Au sens propre, il n’en aurait pas le temps.
En second lieu, le déroulement même de notre vie spirituelle suppose aussi et exige un rythme. Il y aura des moments où nous exprimerons notre foi par la manière même d’exercer la face active de notre vie d’homme. Pendant ces périodes, notre respiration spirituelle habituelle s’exercera par des temps de prière, quotidiens, si possible, et surtout, par un court moment, le soir de relecture de nos journées.

Mais il faudra aussi des temps de retrait au cours desquels la prière, le silence, la lecture réouvriront en grand notre cœur à l’inspiration divine qui veut toujours nous envahir mais qui ne nous trouve pas toujours disponibles. Le dimanche a été prévu pour cela. Mais il y a aussi les vacances au cours desquelles peut être prévue une bonne retraite spirituelle. Cette retraite, il faut la décider et la prévoir. On voit des personnes, inquiètes de leur peu de prières pendant l’année, se dire: « Je me rattraperais pendant les vacances » Les vacances passent, elles ne rattrapent rien. Elles se disent alors: « Je verrai au moment de la retraite » La retraite vient et elles se retrouvent alors encore plus « surbouquées » que pendant leur vie active. Croyez-moi, il faut prévoir, décider et organiser notre respiration spirituelle ou bien nous allons nous asphyxier.

Amis artistes, passionnés d’art, respirons et pas seulement pendant ce temps de repos. Notre vie en dépend, au plan naturel comme au plan spirituel.