Pierres
de Lumière
mars 2008
       

Priez pour nos evêques.
Renaud Wittouck

Le Père Laurent ULRICH notre nouvel Evêque dont la devise est « la joie de croire » a commencé son carême par une prise de contact de 48 heures avec ‘son’ nouveau diocèse. Il en a découvert la grandeur, la richesse et la diversité citant st Augustin « Avec vous je suis chrétien pour vous, je suis Evêque » Il rencontrera les prêtres diocésains, diacres permanents et leurs épouses le mardi 18 mars de 15h à 17h puis présidera la messe Chrismale à 18h dans la cathédrale Notre-Dame de la Treille. La célébration d’accueil officiel se déroulera elle le dimanche 30 mars à 15h toujours dans la cathédrale Notre-Dame de la Treille.
Dans mon dernier éditorial à l’occasion du départ du Père Defois je vous avais parlé de l’importance d’un Evêque depuis le Nouveau Testament jusqu’à la chute de l’empire et le baptême de Clovis. Car l’évêque ne fut pas toujours comme nous le connaissons aujourd’hui. Après la mort de l’empire, pendant plusieurs siècles, jusqu’à la révolution française en ce qui concerne notre pays, pouvoir civil et pouvoir religieux vont se trouver en position à la fois de symbiose et d’antagonisme. Tantôt l’empereur ou le roi nommera les évêques, tantôt l’évêque de Rome nommera les empereurs et les rois. Dès lors, la fonction d’évêque vivra des hauts et des bas incroyables. De toute façon, l’évêque est devenu un grand personnage de la société. A ses fonctions proprement épiscopales s’ajoutent d’importantes fonctions profanes. L’évêque devient comme un préfet du pouvoir civil. Quitte, pour lui, à désigner, dans son diocèse où il ne séjourne plus, un suppléant pour la charge épiscopale proprement dite.
L’épiscopat devient alors une chasse gardée des grandes familles du royaume ou de l’empire. On pourra ainsi caser les cadets et leur faire une carrière. En ces temps, la charge épiscopale s’accompagne, en effet, d’un droit de jouissance sur des domaines plus ou moins vastes qui produisent d’énormes « bénéfices » Selon l’ampleur des bénéfices, on distinguera les évêchés riches et les évêchés « crottés »
A cette époque, qui dure jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, on peut fort bien devenir évêque sans avoir la vocation sacerdotale, on peut même être assuré de tel diocèse dès le berceau. Malgré cela, il y eut, même en ces temps curieux, de grands évêques qui vécurent leur charge épiscopale comme de véritables saints.

En France, la Révolution porta un coup d’arrêt à toutes ces façons de faire. L’expropriation des « biens d’Eglise » purifia les intentions de ceux qui étaient nommés évêques. La Restauration, puis le Premier et le Second Empire, rendirent aux évêques une certaine représentativité publique. Ils la gardèrent depuis. Pourtant, très vite, le Pape recouvrit le droit effectif de nommer les évêques, non sans quelque droit de regard des pouvoirs publics. Le nombre des évêchés fut réduit à peu près au nombre des départements napoléoniens. De là viennent ces cathédrales situées dans des villes qui n’ont plus d’évêques. Ces villes sont d’anciens évêchés de l’Ancien Régime. Déjà l’Ancien Régime avait vu l’Eglise entamer, grâce au Concile de Trente, au XVI è siècle, une profonde réforme du clergé. Elle fut très lente, mais elle transforma à la longue le corps épiscopal qui se consacra davantage à sa tâche épiscopale. Le dernier Concile Vatican II fit naître une figure fortement renouvelée de l’évêque. Parmi nos évêques, il n’y a plus guère de grandes fortunes. Déjà les lois de séparation des Eglises et de l’Etat avaient fort réduit leur train de vie. Avec Vatican II on peut dire que ce qui avait pu rester une obligation de modestie imposée par la force, devenait un choix profond de pauvreté, de simplicité, de fraternité. La fameuse phrase de st Augustin utilisée par Monseigneur Laurent Ulrich notre nouvel évêque redevenait vraie.
Après toutes ces données historiques importantes pour mieux comprendre la place de l’évêque dans la société d’aujourd’hui, je crois que nous devons rendre grâce pour cette restauration de l’évêque dans ses véritables fonctions. Et surtout n’oublions pas de prier pour nos évêques. Leur charge est lourde, surtout depuis que le nombre des prêtres diminue si fortement. Ils ont à assurer, pour leur part qui est majeure, le passage d’une forme d’Eglise que certains d’entre-vous ont connue, à une autre forme d’Eglise que nous ne connaissons pas encore. Pour cette transformation, à nos évêques comme à nous, il faudra une très grande foi. Mais je ne doute pas que le Seigneur nous l’accordera.