Pierres
de Lumière
février 2008
       

Un Evêque, c’est quoi, pour quoi?

Le lundi 13 avril 1992 se déroulait à l’évêché de Lille, la première rencontre entre un groupe d’artistes et Monseigneur Vilnet évêque de Lille dans le cadre de sa visite pastorale de la zone de Lille. Quelques membres de ce groupe continueront à travailler avec moi et quelques mois plus tard naîtra l’aumônerie des artistes du diocèse de Lille, unique en France. Monseigneur Vilnet avait bien saisi la chance de ce projet et son objectif: réconcilier les artistes et l‘Eglise, réconcilier les ‘bons’ chrétiens et les artistes, l’art comme moyen d’Evangélisation dans la lignée du Concile Vatican II.
Le 13 septembre 1998, Monseigneur Vilnet quittait le diocèse de Lille et le confiait à Monseigneur Defois, venant de Reims. Le 3 février prochain notre diocèse fera ses adieux à Monseigneur Defois. Son successeur est nommé, nous l’accueillerons dans quelques mois. L ’Evêque est le pasteur de son peuple. Il est important dans la vie du diocèse.
Monseigneur Vilnet et Monseigneur Defois ont toujours été très attentifs à notre aumônerie. Même si le groupe ‘Méditation et Expression Plastique des Psaumes’ ne s’est pas toujours senti reconnu par les instances diocésaines. Mais néanmoins c’est Monseigneur Defois qui a demandé à « Reliances d’artistes » de créer un spectacle dans le cadre de Lille 2004: Capitale Européenne de la Culture et il était présent au collège de Marcq le 1 er décembre dernier pour la première du spectacle « Augustin l’Africain, Passeur d’Amour» dernière pièce de Georges REYNAERT membre fondateur de l’aumônerie.

Le mot Evêque vient du mot grec « episcopos » On trouve ce mot dans le Nouveau Testament, notamment dans l’épître de St Paul à Timothée ( ch 3) et dans celle à Tite ( ch1,v7)
A ce stade, le mot épiscope ne désigne pas nécessairement l’évêque tel que nous le connaissons. Le mot épiscope veut dire « Qui veille sur » Au moment où sont rédigées ces épîtres, la charge de l’épiscope et celle du « presbytre »,, c’est-à-dire l’ « ancien » sont assez analogues. On voit déjà dans leurs mains, la plupart des responsabilités qui seront celles de l’évêque.
La première attestation de l’épiscope compris comme évêque se trouve chez Saint Ignace d’Antioche en l’an 69 de notre ère. On voit bien, par la date, que la fonction d‘évêque remonte vraiment très haut.
A ce moment, l’épiscope, l’évêque, reçoit, par l’imposition des mains et l’ordination, la charge d’annoncer l’Evangile ( enseigner), la charge des sacrements ( sanctifier) et la charge du gouvernement ( charge pastorale)
Pendant plus de deux siècles ( c’est très long deux cents ans!) l’une des responsabilités de l’évêque sera de réconforter les chrétiens face aux persécutions sans cesse renaissantes, face à la clandestinité si souvent nécessaire, face à la marginalisation par rapport à une société romaine qui considérait les chrétiens comme des sous- produits de la société. Beaucoup d’évêques furent martyrisés, notamment plusieurs évêques de Rome que tous considéraient déjà comme les successeurs de Pierre.
Si l’on a vraiment en tête ces deux longs siècles de souffrance, on appréciera d’autant plus l’événement que fut l’édit de Milan ( 313) par lequel l’empereur Constantin reconnaissait au christianisme un statut officiel, à côté des religions traditionnelles. Désormais dans la société romaine, le christianisme était toléré. L’empereur Théodose, quelque soixante dix ans plus tard fait du christianisme la religion officielle de l’empire.
On voit alors l’empereur remettre à l’évêque de Rome, son manteau impérial, sa mitre d’empereur, son anneau impérial ( qui servait de sceau pour authentifier les actes officiels et le courrier) son sceptre d’empereur, son trône impérial ( la chaise curule qui sert encore dans les ordinations) On reconnaît facilement dans cette panoplie impériale l’ensemble des ornements épiscopaux qui ont encore cours de nos jours.
Aussitôt le statut des chrétiens change du tout au tout. Pour faire carrière désormais, il vaut mieux être chrétien, car l’empereur lui-même se dit chrétien. Les évêques deviennent les conseillers privilégiés de l’empereur. En 476 nous assistons à fin de l’empire romain d’Occident. Face aux invasions, une seule structure reste solide, et c’est l’Eglise. Déjà elle s’est répandue dans l’empire et ses communautés sont structurées de manière assez solide pour devenir le seul repère social des populations désemparées.
L’évêque devient le père de la cité. Cette solidité sociale intrigue bien vite les envahisseurs qui, peu à peu vont adopter le christianisme comme religion. En 496, par exemple, Clovis se fait baptiser par St Rémi évêque de Reims. Les évêques demeurent les responsables des communautés chrétiennes mais ils sont aussi de très hauts responsables au regard de la société civile. Très vite, d’ailleurs, les contours vont s’estompant entre société civile et société religieuse. Le Christianisme étant la seule forme de religion possible, tout le monde est considéré comme chrétien. Les lois civiles s’alignent sur les exigences des responsables religieux. On appellera d’ailleurs ces temps: les temps de « Chrétienté »


Abbé Renaud WITTOUCK