Pierres
de Lumière
décembre 2006
       

Bonne année.


EDITORIAL.

Il y a peu de temps, nous sommes passés à l’heure d’hiver. Nous avons dormi une heure de plus, c’est vrai, mais les jours raccourcissent, l’air se refroidit et le monde physique dans son ensemble revêt une immuable tranquillité. Toutes les créatures vivantes qui doivent survivre à l’extérieur jusqu’au bout de l’hiver se retirent en elles-mêmes. Les arbres retirent leur sève, les animaux de la forêt hibernent et toute créature qui se déplace encore de par ce monde glacé, enneigé, enfouit prudemment ses réserves de nourriture. Et oui, l’Avent est là, la nouvelle année liturgique aussi.
En cette saison de l’Avent, le chrétien est invité, à l’image de la nature qui entre profondément en elle-même pour la période hivernale, à l’intériorisation pour préparer l’avènement du Fils de Dieu, du Verbe fait chair, de l’Emmanuel. Certains artistes le font aussi avant de créer, pour ne pas être influencés par tout ce qui les entourent. Surtout ceux du show Biz! Cette préparation intérieure qui se fait par la prière, le silence, la lecture de la Bible et par les oeuvres charitables dont le Pape Benoît XVI nous rappelait l’importance dans sa première Encyclique, s’avère essentielle afin de pouvoir célébrer dignement la commémoration solennelle de la naissance du Seigneur le jour de Noël, et pendant toute la saison de Noël.
L’Avent, sereine attente de la Lumière qui vient le jour de Noël nous éclairer et nous secourir de la vaste obscurité et du désespoir qui voilent notre quotidien, est ainsi une saison toute empreinte d’espérance qui concilie la venue du Messie annoncé en Jésus avec la venue du Christ en nos cœurs, après préparation préliminaire, et avec le retour du Christ à la fin des temps. De même que les autres saisons de l’année liturgique, l’Avent commémore un événement passé afin de provoquer une prise de conscience devant un mystère qui agit encore dans nos vies à l’heure actuelle, et afin de nous combler d’espoir face à l’avenir.
La tradition chrétienne orientale conçoit l’Avent comme une saison d’attente de la Lumière qui rayonnera tout d’abord à Noël et qui culminera à l’Epiphanie, la fête des Lumières. Le merveilleux texte d’Isaïe est proclamé pendant la Liturgie : « Debout ! Resplendit ! car voici ta lumière, et sur toi, se lève la gloire du Seigneur… sur toi se lève Yahvé, et sa gloire sur toi paraît » ( Isaïe 60, 1,2)
Il est formidable de constater que, dans l’hémisphère nord, la naissance du Christ, correspond à la victoire de la lumière sur les ténèbres du monde matériel. Après le solstice d’hiver, vers le 22 décembre, le jour graduellement se prolonge, et nous remplit d’un sentiment d’espérance. De même, au fil de notre traversée de l’Avent, s’intensifie en nous l’aspiration vers la Lumière authentique qui sera révélée le jour de Noël, dissipant dès lors l’opacité au tréfonds de notre cœur. Pendant ces longues nuits de l’Avent, l’Eglise d’Orient récite comme prière une des liturgies qui lui est propre : « A ceux qui, prisonniers dans la nuit, s’égarent dans les œuvres des ténèbres, accorde, O Christ, ta lumière et tes bénédictions »
Parce que nous nous voyons précipités dans les ténèbres et dans la peur, nous prenons conscience de notre besoin instinctif de lumière, de la lumière de vérité qu’est le Christ ( Jean 14,6) Lorsque s’achève notre périple de l’Avent, nous pénétrons le mystère de la naissance du Christ, « Nous nous réjouissons remplis d’allégresse », car comme l’affirme un texte byzantin: « Notre Sauveur, étoile du Très-Haut, nous a visités, et nous qui étions dans les ténèbres et l’obscurité avons trouvé la lumière ! » Le jour de Noël, cette soif intense qu’exprime la prière de l’Avent « Viens, Seigneur Jésus » sera apaisée. Notre espérance, devient une promesse renouvelée, et les ténèbres de notre vie seront dissipées par la splendeur de la lumière de Dieu.
« Notre hiver s’éternise. Notre nuit est sombre. Viens à notre secours. O lumière salvatrice » Hymne allemande du XV è siècle. Bonne nouvelle année liturgique. Bon temps de l’Avent à chacune et à chacun..


Abbé Renaud WITTOUCK