Pierres
de Lumière
avril 2006
       

Editorial: faites la fête!
Abbé renaud. Wittouck

EDITORIAL.

Pendant ces deux mois correspondant au numéro 87 de notre journal « Pierres de lumière » vont se dérouler comme souvent beaucoup de manifestations artistiques. Le Nord est un lieu de cultures. Il y aura en plus au niveau national: le 20 mai « la nuit des musées », au niveau européen le 21 juin « la fête de la musique » le 25 « la fête du cinéma » sans oublier la fête du football avec la coupe du monde en Allemagne. N’oublions pas que pour nous chrétiens Mai est le mois par excellence pour fêter Marie et pour tout le monde Juin est celui de beaucoup de fêtes: fêtes d’écoles, fêtes d’Associations, fêtes de fin d’année pour ceux qui suivent le rythme scolaire. Ce qui est notre cas et nous le ferons lors de la célébration du 24 juin à 18h30 au cours de laquelle nous bénirons pour la première fois les icônes réalisées par les membres de l’atelier ‘d‘Icônes du Clos Ste Thérèse’ et rendrons grâce à Dieu pour mes vingt ans de ministère, dont un certain nombre au milieu de vous les artistes…. Fêtes aussi pour des anniversaires Le Nord est une région où on aime bien faire la fête. Et pas seulement lors des carnavals.

Je trouve pourtant qu’il y a toujours eu dans l’opinion de beaucoup de gens un certain contentieux entre la foi et la fête. Or, le chrétien a le droit de faire la fête. Il devrait même la faire tous les dimanches au cours de l’Eucharistie. Jésus allait aux fêtes avec Marie et ses disciples, et il était souvent critiqué, il aimait faire la fête ( et on le traitera de glouton !). La fête est une constante dans la vie des groupes et des individus et ce depuis les origines de l’humanité.

Il y a d’abord dans la fête une dimension universelle. Toutes les civilisations sont marquées par des types particuliers de rassemblement à forte densité symbolique et rituelle. Ces manifestations souvent à caractère collectif, ne sont pas sans conséquences sur les individus et traduisent, sinon produisent des sentiments parfois indicibles, de joie et de plénitude intérieure. Il y a même une symbolique fondamentale de la fête, exprimée dans le déroulement de célébrations aux structures multiples et adaptées au sens de ce qui est célébré.
Il y a ensuite une dimension mémoriale et anticipatrice. La fête a toujours un caractère d’actualité, mais il est rare qu’elle ne fasse pas référence à un événement passé, fut-il immédiat. Les groupes et les personnes font mémoire, soit de quelque chose qui fut heureux ou positif, et dont on veut, d’une certaine manière, prolonger les effets; soit d’une épreuve ou d’un malheur dont on célébre la fin ou la sortie ( la sortie d’Egypte, la Pâque…) et que l’on veut d’une certaine manière exorciser. Mais ce qui est célébré dans l’instant, veut être souvent indicatif de ce que l’on souhaite pour l’avenir. Que ce soit sous la forme d’un état favorable et permanent ou par la biais d’événements qui peuvent changer le cours des choses et apporter à chacun ce qu’il cherche ou ce qu’il attend en profondeur.
Il y a enfin une dimension spirituelle et mystique : un dépassement de soi, une ouverture à d’autres registres de l’existence, voire de surcapacité, fut-elle provisoire ou éphémère. Il y a bien une mystique de la fête, au sens où celle-ci donne accès, sous différentes formes aux sources mystérieuses de la joie et de l’exaltation spirituelle. A ce niveau fondamental, la distinction sacré/ profane ne joue pas. On peut dire en effet que la dimension spirituelle, qui est le support et le relais du religieux, caractérise tout être humain dans la mesure où il est capable de se découvrir comme transcendant et intérieurement capable d’organiser sa propre démarche symbolique.

La fête du point de vue éthique, tant sur le plan individuel que social, si elle n’est pas l’occasion d’excès ou de déséquilibres permet une certaine harmonie des comportements. Elle rassemble et unit les personnes souvent en deçà ou au-delà des tensions ou des conflits. Elle prend alors une dimension vitale. Le jaillissement de la vie, l’expression des forces vives, souvent retenues, un certain franchissement des interdits, une libération des contraintes sont vécus dans un climat de sérénité et de décompression. La fête est souvent l’occasion d’un véritable dénouement personnel et d’un défoulement. On peut d’ailleurs considérer l’humour comme une source et une forme de bien-être ou de mieux vivre.
Une dimension fraternelle. C’est elle la plus évidente pour un grand nombre d’entre-nous. Car ces rassemblements ont toujours un caractère amical. Des fêtes familiales probablement les plus nombreuses ( elles sont répétitives) aux autres manifestations qui jalonnent la vie de nos sociétés, c’est l’expression de liens scellés, d’attention et d’ouverture aux autres. Une joie du partage, solidarité fraternelle ou amicale. Une des pratiques concrètes de l’amour selon le christianisme.
Une dimension pacifique. La fête au-delà du conformisme de certaines manifestations permet de rassembler des personnes qui auraient, sur certains plans toutes les raisons d’être opposées. La célébration de certains événements peut permettre l’expression d’un consensus humain, moral ou spirituel, dépassant les situations de conflits. Pensons aux manifestations sportives à dimension planétaire et les commémorations traduisant tout autant la fin d’épreuve que la volonté de faire dominer la paix ! « Peace and love » disaient un certain slogan à une époque ! Volonté de faire dominer ce qui unit, plus que ce qui divise.

Oui, la fête reste importante dans notre société, dans notre culture. Oui faisons souvent la fête, veillons bien sûr à la question délicate de risques de dérive. Car la fête est toujours quelque part une célébration de la joie et un acte d’espoir. Il n’y a donc pas de contentieux entre la foi et la fête. Soyons des chrétiens ayant une tête de ressuscités, heureux de nous retrouver souvent entre-nous et avec d’autres car quand nous faisons la fête à mon avis Jésus n’est pas très loin et nous ne sommes pas loin non plus du Royaume de Dieu.


Abbé Renaud WITTOUCK