Pierres
de Lumière
mars 2020
’Traverser la Lumière’ suite...

Ce numéro 167 de notre journal ' Pierres de Lumière' correspond aux mois de Mars et avril 2020.. Au Printemps... Même si certains pensent qu'on en a trop parlé, dans cet éditorial je voudrais revenir sur ce que j'ai vécus depuis octobre dernier grâce à l'exposition «  Traverser la Lumière : BAZAINE, BISSIERE, Elvire JAN, LE MOAL, MANESSIER et SINGIER : Art Français non figuratif 1945-1985 ». au Musée ' La Piscine' de Roubaix Exposition organisée en collaboration avec la Fondation Jean et Suzanne PLANQUE à partir d'un ensemble exceptionnel d'une centaine de toiles et dessins réunis avec passion par un collectionneur suisse et complété par quelques prêts consentis par des institutions Françaises et Suisses, dont le diocèse de Lille. A Roubaix ce projet prend sens en harmonie avec la présentation d'un autre groupe d'artistes et amis, réunis à posteriori sous l'appellation ' GROUPE DE ROUBAIX' fortement marqués par cette seconde Ecole de Paris La place d'Alfred MANESSIER dans cette aventure septentrionale illustre de manière particulièrement éloquente les liens entre cette émergence locale et la scène artistique nationale des trente Glorieuses...Deux salles étaient réservées à la chapelle sainte Thérèse d' Hem : 'Commande d'un patron esthète Roubaisien'
Pour des raisons de sauvegarde et de vols... la chapelle est souvent fermée.. Pierrot étant parti et la maison à côté de chez moi pas encore louée, j'ai dû venir, revenir assez souvent pour que la chapelle soit ouverte de 9h à 17h... Grâce aussi à Marie-Agnès et julien . Dimanche dernier par exemple à 8h30 une dame était déjà là pour prendre des photos... Pourtant bien des églises et des chapelles sont fermées, ouvertes seulement lorsque des offices ou des cérémonies y sont célébrées. La chapelle est donc ouverte assez souvent pour le culte puisque grâce aux membres de l'aumônerie, des célébrations y sont célébrées régulièrement :Messe tous les mercredi soir à 18h30 et une fois par mois le week-end. On peut contempler les vitraux pendant les offices mais pas visiter la chapelle... .
La pratique religieuse a beaucoup baissé depuis quelques temps. Le nombre de prêtres, également. Déchristianisation, désacralisation. Notre société dite post chrétienne, vit autrement. . Elle fréquente d'autres lieux, elle a d'autres préoccupations, d'autres désirs. Dieu est mort ont dit des philosophes. Ces poncifs sont bien connus.
Or, depuis quelques années, il semblerait que s'amorce une tendance à la réouverture des églises, Heureusement. On entend constater avec étonnement ' le retour du religieux'  L'afflux dans les pélerinages, les signes toujours vibrants de piété populaire ( Ste Rita), des nombreux passages dans certaines églises ouvertes ( Notre-Dame de la Treille) à Lille... Le succès des groupes de prières, des veillées d'adoration...
Il semblerait que l'homme, même peu ou pas croyant en Dieu ne puisse pas se passer de temps et de lieux de réflexion, de méditation, de paix, que la société profane ne lui suffise pas en matière d'espérance, tout au moins certains moments de sa vie.
Dans la vie médiévale, tout était orienté vers le ciel. On recevait tout de Dieu. L'espace, prioritairement théologique, était centré sur l'édifice religieux. Il y avait peu d'horizontalité.
Avec la ville de la Renaissance, les échanges augmentent entre les hommes, tout autant qu'entre Dieu et les hommes. Les rues les façades, les places , les halles prennent de l'importance. A partir du XVIIIè siècle, advient le monde nationaliste éclairé, producteur et déjà ' scientifique'. Les idéaux bourgeois de liberté, d'égalité, prévalent. L'organisation spatiale et sociale se transforment encore.
Puis la société de la modernité possède en elle-même son principe organisateur. La raison. En état démocratique, elle gère au mieux les intérêts de tous, les besoins des populations sont catalogués, chaque espace étant affecté à une fonction. Le moteur est l'économie. Production consommation. La charte laïque instaure un état neutre aux multiples finalités le religieux devient 'privé'... Une société dont le seul dénominateur commun est un mieux être matériel en croissance continue.
Certes les espaces spirituels sont à peu près respectés mais avec des abords aseptisés et pour un usage strictement privé. La société a bien ses espaces sacrés : monuments aux morts, places de la République, avenues et stades, jardins publics>... Demeurent des édifices religieux dans lesquels la société, avec tous ses corps constitués, célèbre les funérailles nationales, où certains événements qui ont ébranlé la Nation. La rationalisation a envahi tous les domaines, au point d'évacuer la perspective religieuse.

Par cette 'aventure', par certaines rencontre de personnes à la périphérie de l'Eglise, ou même parfois ' hors' de l'Eglise, je crois que la quête spirituelle s'exprime à nouveau sur la place publique. Epuisés peut-être par le bruit, par les images, et paradoxalement solitaires malgré les occasions de vie associatives et les moyens modernes de communication, les gens sont à la recherche de silence, d'écoute, d'accueil, de recherche de lumière, Ils sont sensibles à la beauté gratuite. Solitude et absence de finalité transcendante ne sont-elles pas génératrices de lieux conviviaux. Ces phénomènes s'amplifient avec la foule des exclus que produit la crise actuelle.
C'est vrai qu'aujourd'hui ont construit plutôt des ' espaces spirituels' (comme à l'Accueil Marthe et Marie de Lomme), dans les hôpitaux, les aéroports... Tous ces endroits doivent être empreints de fraîcheur, de beauté sans magnificence. Appel est fait aux architectes et aux artistes pour inventer des formes, des couleurs, des ombres et des lumières du monde qui élèvent,une douceur, une paix, une exaltation contenue. La souffrance, la misère du monde n'est pas oubliée. Mais l'église en référence au Christ, par sa Résurrection, apporte aussi la joie de vivre... L'art floral y a sa place.... Ainsi qu'un fond musical en harmonie...
La fonction première de la chapelle d' Hem comme de toute église est la fonction religieuse, qui connaît un renouveau depuis le Concile Vatican II : un lieu d'accueil pour tout passant.
Voilà ce que j'ai vécu pendant ces quelques mois. Je rend grâce à Dieu pour toutes ces personnes qui appelaient pour savoir si la chapelle était ouverte ou rencontrées par hasard
Dans le temps il y avait un cahier d'intentions mais il a été volé... couvert de vœux, de propos, de cris dans la sincérité était émouvante... ' des psaumes dans la ville'... Pour terminer je remercie toutes celles et tous ceux qui ont permis l'ouverture de la chapelle, tous ceux qui ont organisé l'exposition au Musée de ' la Piscine, et celle ' A la manière de...' dans l'Espace 'Reliances d'Artistes' pour faire découvrir l'Aumônerie, les guides, tous les proches voisins qui ne la connaissait pas et qui l'ont découverte grâce à des amis habitant beaucoup plus loin... ' Il faut que les murs parlent' disait le Père Chevvrier du Prado... Les murs parlent aussi en gardant l'écho vivant des prières et des chuchotements des ' visitants' occasionnels ou réguliers qui entrent dans la chapelle sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face d' Hem pour y faire une pause ou pour y vivre un sacrement.






Père Renaud WITTOUCK