Pierres
de Lumière
août 2010
’Grands aux yeux de Dieu?’

Ce numéro 113 de ‘Pierres de Lumière’ est le premier numéro de cette nouvelle année scolaire. Nous la commencerons ensemble (si vous êtes rentrés et si vous le voulez bien !) le 1 septembre lors de Messe de 18h30 suivi du PIKNIKOCKLOS Puis nous continuerons avec les ‘Journée Européennes du Patrimoine’ les 18 et 19 septembre et un peu plus tard par les ‘Portes Ouvertes des Ateliers d’Artistes’ les 16 et 17 octobre. Toujours des moments conviviaux pour créer des liens entre les artistes, les passionnés d’art et le public, et créer des ponts entre ce qui se passe dans la chapelle et ce qui se passe dans notre Espace ‘Reliances d’Artistes’
Le thème retenu cette année pour les ‘Journées Européennes du Patrimoine’ est: « Les grand hommes ! Quand hommes et femmes construisent l’Histoire » ‘Grands’ dans l ’Eglise ? Une opposition ! Tous les ans le mercredi des Cendres nous entendons Matthieu rapportant dans son Evangile les paroles de Jésus: « Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n‘y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux ! »
Si nous regardons quelques saints, ils n’ont jamais cherché la ‘popularité’. Par contre ils n’ont pas croisé les bras en disant que ce qu’ils allaient faire était une goutte d’eau dans l’Océan ! Souvenez-vous par exemple de St Vincent de Paul, St François, st Jean Bosco, st Dominique, Frédéric Ozanam, et plus près de nous, (même si on les voyaient souvent à la télé, même s’ils ne sont pas encore sanctifiés) nous nous souvenons des ‘coups de gueule’ de Sœur Emmanuelle et de l’abbé Pierre; sans oublier Mère Térésa dont nous fêtons le centenaire de sa naissance, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et Sainte Bernadette qui font contrepoids à ce que l’on appelle la réussite. D’un point de vue mondain, elles ont tout raté « mon emploi s’est d’être malade » disait sainte Bernadette. Oui on peut être ‘grand’ aux yeux de Dieu et pas forcément aux yeux des hommes car Dieu regarde le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ! Le prophète Samuel disait que les hommes regardent les apparences mais le Seigneur Dieu regarde le cœur.
Ce qui paraît bas, insignifiant aux yeux des hommes sera révélé très important ; ce qui apparaît brillant, important à leurs yeux sera révélé futile (Cf. 1 Co 1,28-29) Etre ‘grand’ aux yeux de Dieu c’est tout simplement annoncer une Bonne Nouvelle qui augmente le bonheur de vivre, annoncer la Parole qui fait jaillir l’espérance dans le quotidien, être signe de la joie à venir, être au milieu de l’humanité le signe du Salut et d’un avenir ouvert. Voilà ce qui est important. Et pourtant c’est la fonction de l’Eglise. C’est le rôle des chrétiens, Pierres Vivantes, c’est leur mission.
Cette mission-là leur vient directement du Christ: « Allez partout. Dites que le Salut est arrivé. Que les captifs sont délivrés, que les aveugles voient, que les opprimés connaissent la liberté, que le monde est envahi de la grâce de Dieu ! « En fait, il revient aux chrétiens de réaliser ce que le Christ a commencé. C’est une mission qui consiste à faire résonner sur la terre la musique de l‘infinie tendresse de Dieu. Comment ne pas accomplir cette tâche avec enthousiasme même si on n’en parle pas dans les médias ? Avec passion ? Mais surtout en toute humilité ! Sans les chrétiens comment l’Evangile traverserait-il l’humanité ?

Je ne rêve pas. Le choc de la réalité est brutal. Il fait trembler. Comment tenir dans cette mission, comment être chrétiens dans les villes et les villages, alors que certaines communautés chrétiennes se rapetissent, se réduisent jusqu’à n’être plus qu’à peine visibles ? Alors que les villes deviennent des mégapoles de détresse, d’inégalités, de solitude, de violence en expansion ? Alors que les villages derrière leurs façades si joliment rénovées, se cloisonnent en morceaux de replis sur soi ? Alors que les êtres humains sont désespérément en quête de sens ? Comment remplir cette fonction alors que les communautés chrétiennes se recroquevillent sur elles-mêmes et hésitent, craintives à impulser la joie puissante issue de l’Evangile ? Alors que les bonnes volontés se heurtent aux difficultés de l’intégration et de l’immigration ? Alors que la peur et l‘insécurité entraînent les mentalités dans la dérive? Alors que les communautés chrétiennes paraissent déconcertées devant l’évolution du monde, désemparées devant leur propre fragilité et inquiètes devant la place à tenir dans la société ?

L’annonce de l’Evangile s ‘est toujours heurtée à la réalité. De ce choc naît la créativité nécessaire pour assurer l’Annonce. Les chrétiens n’ont pas d’autre rôle que de donner ses chances à l’Evangile afin qu’il essaime sa Bonne Nouvelle jusqu’au fond des impasses les plus sombres et les plus dangereuses de toutes les cités humaines. Comment cela se fera-t-il s’ils ne deviennent pas levain dans la pâte humaine, la soulevant et la transformant pour qu’elle parvienne à produire ses réels fruits d’humanité ? Il leur revient de dire au monde qu’il est engagé sur la voie du Salut. De la libération commencée par Jésus. Comment cela se fera-t-il s’ils ne s’organisent pas et ne s’adaptent pas aux situations nouvelles, s’ils justifient leur inertie par la crainte des réalités contemporaines, s’ils n’inventent pas les moyens permettant à l’Evangile de déployer aujourd’hui sa puissance de renouvellement des cœurs et des structures sociales ?
Les chrétiens se regroupent en paroisses, en regroupements paroissiaux, en nouveaux doyennés dans notre archidiocèse ou en mouvements. Essayant même de ‘ créer des ponts’ entre les mouvements et les paroisses. C’est là, quelles que soient les difficultés, qu’il leur appartient de vivre ensemble l’Evangile. De se laisser impulser par lui. D’apprendre à se placer dans sa mouvance. C’est là aussi qu’il leur appartient de mettre au point les manières de rendre l’Evangile visible par leurs paroles, par leurs actes et s’ils le peuvent même par leurs réalisations artistiques, dans leur secteur, dans leur mouvement, dans l’Eglise et dans le monde. Comment aujourd’hui l‘Evangile parviendra-t-il au monde sans que les communautés chrétiennes n’inventent les langages particuliers et les présences multiples pour qu’il puisse être capté ? Reçu ? En tout lieu, à tout moment et par tout homme et toute femme de bonne volonté… Cela ne ferra pas la ‘une des’ journaux mais c’est cela être ‘grand’ aux yeux de Dieu et même parfois aux yeux des hommes. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on reconnaîtra e que vous êtes mes disciples ». Bonne rentrée (scolaire) à toutes et à tous.


Père Renaud WITTOUCK